Nous approchons de la fatidique rencontre qui se revelera sans doute bouleversante pour nos deux personnages mais avant de vous conter ce magnifique moment, une poignante démonstration de romantisme éclatant au grand jour comme un furoncle sur le dos d’une vache, revenons en quelques instants à la famille Poto qui mérite amplement une petite description.
Les potos, à l’instar des lapins, sont de grands copulateurs, l’union d’un ours et du sosie de la sorcière blanche de Narnia pourrait sembler contre nature, elle l’est d’ailleurs sans doute, mais elle donne par ailleurs de magnifiques fruits, un peu blets certes, mais tout à fait remarquables.
Poto est l’un de ces fruits, le plus tardif, pourquoi cette ultime semence alors que la récolte des années précédentes était toujours restée fameuse, digne des plus grands millésimes… On ne saura sans doute jamais pourquoi le plantigrade et Jadis eurent idée de façonner ce dernier enfant, peut-être en vue de mettre une touche finale à leur grand-oeuvre, une sorte de cerise sur le gâteau, ou de pavé dans la mare ou de c…. dans le potage.
Nous savons pertinnement que la sorcière blanche malgré ces faux-airs de bonne fée développe des intentions expantionnistes vis à vis de l’univers dans lequel elle évolue. L’union avec un ours lui permettait donc de faire voir le jour à des créatures équilibrées et dangereuses, dotées de la force fougueuse du père, et de l’intelligence subtile de la mère. Avec une telle progéniture, ses plans de conquête seraient accomplis dans les deux prochaines décennies.
C’est alors qu’un premier nourrisson vit le jour: particulièrement chétif à la naissance, la sorcière s’inquiéta davantage lorsqu’elle se rendit compte qu’à 10 ans passés, il paraissait toujours aussi vulnérable. A quinze ans, elle dut se rendre compte de l’évidence, ce premier enfant ne pourrait la servir efficacement, et il était parfaitement inutile. Pire! Son seul plaisir résidait dans la copulation avec les animaux qui vivaient dans la forêt d’en face, et chose particulièrement monstrueuse et déviante, il ne s’attaquait qu’à des bestioles du même sexe que le sien. C’en était trop pour la sorcière Jadis BangBeng, elle n’avait que trop longtemps supporté les écarts et errances de son rejeton, et un soir elle décida de l’abandonner et le perdre dans ce bois qu’il semblait tant chérir. On l’y vit fouiller dans des déchets informatiques quelques années plus tard…
Peu avant qu’elle rejette son premier enfant, la sorcière accoucha une seconde fois: cette fois-ci c’était une fille. La sorcière jubila alors, celle-ci c’est sûr hériterait de l’intuition et de l’intelligence de sa mère, et même si elle était chétive comme l’autre, elle aurait toujours cela pour elle. Pourtant là encore, rien ne se passa comme prévu, les pratiques sexuelles de celle-ci dérivèrent rapidement vers la gérontonphilie. Même si cela plaisait à sa mère au départ, car sa fille pouvait extorquer les riches marchands du bourg d’à côté et percevoir un pourcentage sur l’argent détourné, la fille devint bientôt aussi maligne que sa mère, et décida au bout de quelques mois de ne plus rien verser à celle-ci et de tout garder pour elle. BangBeng folle de rage, de voir sa progéniture aussi ingrate, la renvoya de chez elle avec pertes et fracas.
Le troisième enfant, un garçon cette fois-ci, fut un soulagement pour la sorcière. Il était particulièrement obéissant, et semblait posséder une certaine force. Heureuse, la sorcière, conclut que le proverbe qui disait que le troisième était le bon était vrai dans le domaine des naissances. Le garçon comblait sa mère, et accomplisait le moindre de ses ordres sans sourciller, mais à l’âge de la majorité, la mère dut se résoudre à un constat accablant: l’enfant était dénué d’une conscience propre et était incapable d’agir seul, tant que les ordres et les injonctions étaient présents, il savait quoi faire, mais lorsqu’il était livré à lui-même il errait sans but dans les couloirs du bourbier telle une âme en peine, se cognant contre les murs en se balancant de droite à gauche. Il n’entretenait même plus son corps, laissant les odeurs l’envahirent alors que barbe et cheveux poussaient sans qu’il n’en fut géné, laissant parfois trainer quelques boules de poils et déjections mélés, durs et secs comme des pierres volcaniques. Désespérée , la mère en convint que le proverbe "jamais deux sans trois" était le plus proche de la réalité.
Malgré tous ces échecs BangBeng était pourtant toujours intimement persuadée qu’elle avait rassemblé tous les ingrédients nécessaires pour concevoir cette progéniture parfaite: son compagnon d’ours était plus aimant que jamais et semblait toujours plus fort, coriace, massif… De son côté elle sentait sa sagacité s’affiner de jour en jour… Et le lieu de conception, un magnifique capharnaum ne pouvait susciter qu’un glorieux destin à ceux qui seraient conçus dans un tel environnement.
Un quatrième enfant arriva finalement. Comme le précédent garçon, ce nouveau male eut rapidement la passion des jeux de cartes (Uno, Poker, Belotte, Bridge, Nain Jaune…) Mais alors que le culbuto, le troisième enfant, occupait plutôt ses mains avec des tours de magie improbables, ce quatrième enfant voyait dans ces jeux une manière de réunir en de rares occasions quelques amis et les membres de sa famille devenant nombreuse. Le poker se transformait aussi souvent en des parties endiablées de strip poker (jeu où l’on pouvait également miser avec des bananes ou encore l’utilisation que l’on en faisait…). Cela inquiéta très rapidement sa mère : ce 4ème enfant devenait il pareil que son premier fils. Ses fréquentations ne lui plaisaient guère notamment chez les latinos africains un peu trop chevelus et poilus à son goût. L’un d’entre eux, dont le nom finissait en "Ez" comme tout les autres, ressemblait même à l’improbable et inquiétante fusion d’un membre des beatles et de Jésus. Ce jeune blondinet se tournait de plus en plus souvent vers les milieux aquatiques, attiré par l’eau et surtout par les corps dénudés et humides du même sexe qui fréquentaient piscines et autres eaux libres.
Rapidement BangBeng enchaina et conçut sans tarder un nouvel enfant, espérant avoir plus de chance. La naissance d’une fille l’enchanta, elle espérait bien obtenir les mêmes résultats que pour la première enfant, sans les désagréments. Et elle fut rapidement servie. Dans un premier temps l’enfant la combla de bonheur, elle possédait à la fois les qualités de sa première fille et de son deuxième male. Elle jouait du violon comme la première et pouvait devenir une habile mante religieuse à la dangereuse intelligence, séductrice et prédatrice. Et comme le second,elle jouait également de la guitare et se révélait particulièrement docile. Mais lors de son adolescence la jeune fille commença à utiliser les cordes de son violon et de sa guitare pour d’autres usages: lorsqu’elle apprit que son nouveau fiancé à qui elle n’avait parlé qu’une fois sur msn ne voulait pas l’amener avec elle à New-York, son attitude changea brusquement. Elle comprit alors que son pouvoir déclinait, auparavant elle aurait pu tout obtenir d’un homme en quelques mots, et ce "non" qu’on avait osé lui assener, elle ne pouvait le supporter. Elle arracha les cordes de ses instruments et tenta de s’étrangler avec, mais sans grand résultat. Depuis ce jour-là elle n’est plus la même, et elle cherche desesperement à mettre un terme à sa pathétique existence: sans grand succès. Cette McGyver de l’auto-meurtre est d’ailleurs aujourd’hui condamnée à errer parmi des compagnons en marge de la société, tous dignes de passer aux émissions de Delarue: tout ceci au grand dam de sa mère, qui croyait voir en cet enfant, enfin la réussite. De désespoir BanBeng tenta d’imiter sa fille, mais elle se rendit compte rapidement qu’elle était tout aussi douée qu’elle dans ce domaine.
Poto fut alors l’ultime chance