La rentrée musicale de Poto
Le pluie continuait à marteler la fenêtre de chambre de Poto alors qu’il rangeait rapidement sa guitare dans sa housse pris d’une colère qui n’aurait su être apaisée.
Il venait encore de se casser un ongle, et la vibration de la corde au contact de la pulpe de son doigt amoché avait provoqué une irritation sans précédent accompagnée d’une vive douleur.
Poto regarda sa phalange meurtrie: plus il jouait de cet instrument plus ses doigts semblaient raccourcir: il maugréa après la housse et fit mine de lui donner un coup de poing comme pour punir l’instrument maudit qui le faisait tant souffrir.
Après quelques instants de transe méditative en vue de se calmer, il entreprit de partir à la recherche de son téléphone portable afin d’envoyer un petit message à une collègue de la guitare.
Aujourd’hui était un grand jour, ce soir, dans une petite demi-heure il participerait pour la première fois à un cours de guitare accompagné d’autres personnes: une sorte de petit orchestre, un ensemble où il se sentirait peut-être perdu dans la masse. Aussi en voulant se rassurer il avait eu dans l’optique d’appeler la seule personne qu’il connaissait et qui jouait dans cet ensemble.
Alors que ses petites mains potelées aggripaient la coque du téléphone, une femme boutonneuse à l’accent du terroir fit irruption dans sa chambre: "depeche toi , mon fi, ton pele ne peut t’amener à ton couls, tu vas devoil plendle le bus".
L’ire de Poto parut redoubler à l’annonce de cette nouvelle contrariante: en plus de s’être fait bien mal, il lui fallait attendre le bus pendant plusieurs minutes sans doute sous une pluie battante.
Poto prit alors une profonde inspiration et se mit à pousser un cri strident particulièrement sonore qui emplit tout l’appartement. Il ramassa sa guitare l’oeil hagard, et sortit en trombe de sa chambre, poussant des cris d’orfraie, il contourna et éluda avec une facilité et une grâce déconcertantes les multiples obstacles qui se trouvaient dans le couloir, puis manqua de renverser au niveau du seuil d’entrée, un être chevelu particulierement inerte qui partit en culbuto au passage fugace de Poto.
L’espèce de rasta poussa un gémissement guttural qui se perdit aussitôt dans la résonance dans l’escalier du hurlement toujours aussi aigu et puissant de Poto. L’hystérie perdura jusque dans le hall, puis avec d’autres variations une fois Poto au dehors, et enfin finit par s’évanouir…
Il courut ensuite jusqu’à l’arrêt de bus. Trempé apres quelques minutes d’attente, le bus arriva enfin, il dévisagea le conducteur, poinçonna sa carte, et partit s’asseoir au fond du bus en tapant des pieds…
